Qui veut la fin du remplacement en médecine générale ?

23 mai 2019 | Communiqués de presse

Hier les sénateurs ont examiné en commission le projet de loi adopté par l’Assemblée nationale relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé. A cette occasion, Monsieur Alain Milon a proposé un amendement qui vise à limiter à trois années la durée totale des remplacements des médecins. Cette démarche s’inscrit dans un contexte particulièrement défavorable aux remplaçants, entre durcissement de l’obtention des licences de remplacement et obligation prochaine d’affiliation à la CARMF1Caisse Autonome de Retraite des Médecins de France. L’ISNAR-IMG2InterSyndicale Nationale Autonome Représentative des Internes de Médecine  et ReAGJIR font le point et appellent nos décideurs au bon sens dans l’intérêt de nos concitoyens car le remplacement est une étape indispensable vers l’installation et les remplaçants permettent aux installés de se former, de prendre des vacances, et d’assurer la continuité des soins pendant les arrêts maladies et congé maternité.

Après la fin de la liberté d’installation, la coercition différée !

L’amendement n°292, porté par le Rapporteur prévoit en effet la limitation à trois années de remplacement pour tous les jeunes médecins. « Après les débats sur la fin de la liberté d’installation, voilà que l’on vient d’inventer l’obligation d’installation différée », souligne le Dr. Yannick SCHMITT, Président de ReAGJIR. « C’est évidemment une fausse bonne idée qui aura pour conséquence de faire fuir toujours plus les jeunes médecins de l’exercice libéral. Cette proposition part du principe que les jeunes médecins ne veulent pas s’installer et qu’il y aurait des remplaçants professionnels. Ces deux hypothèses sont fausses comme le prouvent les travaux sur le sujet. » ajoute le Dr. Yannick SCHMITT.

En effet, les résultats de la récente enquête du CNOM3Conseil National de l’Ordre des Médecins sur les déterminants à l’installation montrent que 75 % des internes envisagent une installation libérale. Le nombre de remplaçants en médecine générale quant à lui ne progresse que très peu et moins vite que l’ensemble des remplaçants, comme le montrent les chiffres de l’atlas démographique du CNOM. Par ailleurs, avec l’augmentation de médecins formés, le nombre de premières inscriptions à l’Ordre a progressé de près de 53 % sur la même période, ce qui démontre que le remplacement n’est ni attractif ni en explosion. Enfin, il faut noter que pour le CNOM, sont considérés comme remplaçants les médecins retraités actifs, population qui augmente de manière significative sur la même période.

1ère inscription à l’OrdreRemplaçants
(toutes spécialités)
Remplaçants
en médecine générale
Au 1er janvier 20105 25910 0066 904
Au 1er janvier 20178 07612 0118 023
Remplaçants
en médecine générale
+ 53 %+ 20%+ 16,2%
Tableau de données des résultats de l’enquête du CNOM

Vers un durcissement du statut de remplaçant ?

Ces dernières semaines ont aussi été l’occasion de plusieurs difficultés nouvelles pour les remplaçants. « Les démarches d’obtention des licences de remplacement ont été compliquées dans certaines facultés, mais ces situations s’améliorent. », souligne Lucie GARCIN, Présidente de l’ISNAR-IMG. Dernière embuche sur le chemin des remplaçants, le 1er janvier prochain entrera en vigueur l’obligation d’affiliation de tous les remplaçants à la CARMF. Cette mesure, votée en 2017 avait été suspendue jusque-là par Agnès Buzyn. « Nous avons appris il y a quelques semaines que cette suspension ne serait pas reconduite. Il nous reste six mois pour trouver une solution viable aux remplaçants non thésés qui cotisent déjà pour un régime de prévoyance et de retraite. », détaille le Dr. Yannick SCHMITT.

« Ces mesures vont contribuer à dégrader grandement l’accès aux soins des patients. Avec moins de remplaçants, comment pourra-t-on assurer une continuité des soins pour tous, alors même que nous n’y arrivons déjà plus ? », interroge le Dr. Yannick SCHMITT, Président de ReAGJIR. « Nous en appelons aux décideurs pour mettre en œuvre une politique volontariste de promotion de l’exercice libéral, qui passera nécessairement par une sécurisation du début d’exercice et une simplification des démarches, deux freins majeurs à l’activité des jeunes médecins recensés dans la récente enquête du CNOM. », conclut Dr. Yannick SCHMITT.


Notes et références

  • 1
    Caisse Autonome de Retraite des Médecins de France
  • 2
    InterSyndicale Nationale Autonome Représentative des Internes de Médecine 
  • 3
    Conseil National de l’Ordre des Médecins

A propos de ReAGJIR

ReAGJIR est le Regroupement Autonome des Généralistes Jeunes Installés et Remplaçants en France. Créé en janvier 2008, ce syndicat regroupe et représente les médecins généralistes remplaçants, installés depuis moins de 5 ans (libéraux ou salariés) et les jeunes universitaires de médecine générale (chefs de clinique, maîtres de stage des universités, enseignants de médecine générale).

Fédération de syndicats régionaux, la structure accompagne et défend l'exercice du métier par ces trois types de professionnels et milite pour la construction d'un système de santé à l'image des jeunes généralistes : innovant, collaboratif, humain et solidaire.